LaTaupe1Alors comme ça, on ne pourrait plus se toucher, ni se laisser toucher, toucher les mains on pourrait plus. Les enfants n’auraient plus le droit de se mettre les doigts dans le nez et les adultes non plus. Alors comme ça, les mains seraient supprimées du langage et de l’imaginaire, elles tomberaient, et avec elles les bras, ceux qui embrassaient si bien l’autre dans le plaisir, le désir, le chagrin, la joie de se retrouver, la tristesse du départ, dans l’amour de la vie. Les bras n’auraient plus rien à faire et ils tomberaient eux aussi. Il y aurait des bras plein les poubelles aseptisées, des mains restées accrochées aux grilles des fenêtres, sur le bord des routes, abandonnées puisque inutiles, remplacées par une intelligence artificielle et glacée. Les humains seraient dorénavant des hums. Voilà ce serait comme ça, la peur de la peur aurait gagné, les baillons seraient obligatoires, nez et bouches emprisonné-es. Plus de regard, plus besoin des yeux non plus, tiens. Juste une bouche-trou, un clapet pour ingurgiter à la paille la nouvelle nourriture du monde, un trou pour avaler, un trou pour évacuer, un genre de sonde. Eh, Ami-e, quand même, c’est pas ça que tu veux ? Quand même, dis, tu vas pas abandonner ? Hein ? Tu vas as laisser tomber la vie, laisser tomber les petits qui arrivent, les nouveaux venus, les derniers né-es, les tout vieux, et les microbes, tu vas pas laisser faire, dis? Eh Ami-e, réveille-toi !